En République Démocratique du Congo, la richesse de notre nation réside dans sa diversité. Pourtant, cette unité est aujourd'hui menacée par des sorties médiatiques irresponsables qui ravivent les vieux démons de la discrimination.
Récemment, sur les ondes de la Radio Télévision Nationale Congolaise (RTNC), dans un plateau spécial très suivi, le général Sylvain Ekenge, porte-parole des FARDC, a tenu des propos d'une extrême gravité. En s'attaquant aux femmes Tutsi à travers des clichés d'un autre âge, mêlant théories de supériorité raciale et suspicions de trahison domestique. Ce discours ne se contente pas d'offenser une communauté, il fragilise l'édifice de notre paix sociale et du vivre-ensemble.
Voici le contenu de l'extrait qui dérange :
« lorsque vous épousez une femme Tutsi, il faut faire attention. Lorsque vous êtes responsable, comme grand chef coutumier, on vous donne une femme, mais vous allez recevoir chez vous un membre de sa famille qu'on présentera comme un cousin ou un neveu, alors que c'est la personne qui viendra faire des enfants avec votre épouse à la maison, et on vous dira que les enfants naissent Tutsi parce la race Tutsi est supérieure à leurs ethnies ».
La rédaction de Focusinfos.org condamne avec la plus grande énergie ces déclarations haineuses et discriminatoires. Il est impératif que des sanctions exemplaires soient prises à l'encontre de ce haut gradé de l'armée congolaise (FARDC). Lorsqu'une voix officielle, censée représenter la protection de tous les citoyens, devient le vecteur de la stigmatisation, c'est l'État de droit qui recule.
Nous rappelons qu'en tenant des propos discriminatoires visant spécifiquement la communauté Tutsi et les femmes congolaises de cette ethnie, le Général Ekenge a violé les principes fondamentaux de notre Constitution qui garantit l'égalité de tous les citoyens et interdit toute forme de discrimination.
Le danger de la parole incendiaire
L'histoire de la région des Grands Lacs nous a tragiquement appris que les mots précèdent souvent les actes. Ces propos constituent un danger immédiat pour la cohésion nationale. Ils divisent les Congolais en fonction de leur appartenance ethnique. Ils mettent en danger la sécurité des personnes, car ils désignent une partie de la population comme suspecte, ouvrant la voie à des violences ciblées. Et enfin, ces propos du général Sylvain Ekenge mettent en péril l'image des institutions. Un porte-parole de l'armée se doit de représenter l'unité de la nation et non de propager des théories haineuses.
Pour un Congo du « Vivre-Ensemble »
La RDC est une mosaïque de plus de 450 ethnies. Aucune n'est supérieure à une autre, et aucune ne mérite d'être jetée en pâture à l'opinion publique. Notre combat commun devrait être celui de la paix, du développement et de la sécurité pour tous, sans distinction d'origine.
Notre média rappelle que le « Vivre-ensemble » ne doit pas être un slogan, mais plutôt un impératif de survie pour notre région.
Le patriotisme ne se mesure pas à la haine que l'on porte à son prochain, mais à la capacité de bâtir un pays où chaque femme et chaque homme, qu'il soit Tutsi, Luba, Kongo, Swahili ou d'ailleurs, se sent chez lui et protégé par les institutions.
« Nous appelons les autorités congolaises, les leaders d'opinion et la société civile à se désolidariser de tels discours. La haine ethnique est un poison qui ne construit rien, elle ne fait que détruire.»
La paix commence par nos mots. Protégeons notre diversité.