Depuis un an, Goma vit une expérience singulière, presque contre-nature. Pour le régime de Kinshasa, la ville est « sous occupation », une cité à punir par l’asphyxie. Pour ses habitants, la réalité est plus nuancée, faite d’un quotidien où le silence des armes en ville contraste violemment avec le fracas de l’effondrement économique.
Le constat est sans appel et, pour certains, dérangeant. Goma n'a jamais été aussi calme sur le plan de la criminalité urbaine que depuis l’arrivée de l’AFC-M23. Là où, hier encore, les « 40 voleurs » et les bandes armées dictaient leur loi dès la tombée de la nuit sous le regard impuissant (ou complice) des autorités, une discipline militaire rigide a désormais pris le dessus.
Les rues de Ndosho, de Majengo ou d'ailleurs, autrefois théâtres de braquages sanglants, pillages et autres formes de criminalité, ont retrouvé une forme de sérénité nocturne. La population dort paisiblement comme les témoignent plusieurs sources sur place. C’est le paradoxe de Goma : la sécurité semble être revenue par là où les bouches critiques ne l’attendaient pas, assurée par ceux-là mêmes que Kinshasa désigne comme les seuls artisans du chaos.
Mais ce calme a un revers de médaille cinglant. En réponse à cette nouvelle donne, le pouvoir central a choisi la stratégie de la terre brûlée économique. En ordonnant la fermeture des banques et en clouant les avions au sol par la suspension de l'aéroport de Goma. Pour plusieurs analystes, Kinshasa ne combat pas seulement un mouvement qu'il qualifie de « rebelles »; il punit au-moins deux millions de ses propres citoyens.
Couper les circuits financiers et les voies aériennes d'une ville carrefour comme Goma relève d'une forme de siège moderne qui ne dit pas son nom. Au yeux des observateur, c’est une tentative délibérée d’étouffer la résilience d’un peuple qui a déjà survécu aux guerres, aux éruptions et aux épidémies. En privant les commerçants de leurs épargnes et les malades de transferts médicaux, le régime de Kinshasa crée une fracture sociale et psychologique qui risque d'être bien plus durable que n'importe quelle ligne de front.
Pourtant, Goma tient. Elle tient par sa mentalité, par son commerce lacustre et par cette force de caractère qui refuse de mourir de faim pour satisfaire des calculs politiques lointains.
Un an après, le bilan est là. Si l’AFC-M23 a apporté une forme de stabilité sécuritaire immédiate, Kinshasa a, de son côté, érigé des murs économiques invisibles mais dévastateurs. La question qui brûle désormais toutes les lèvres n'est plus seulement de savoir qui contrôle la ville, mais combien de temps une population peut-elle rester en sécurité dans une sorte de « prison économique » imposée par Kinshasa. D'où la nécessité pour les autorités de la ville de trouver rapidement une solution à cette situation de fermeture de banques, qui dérange malgré la sécurité rétablie.
Ce qui est sûr, ce que la population ne cherche que de vivre en paix, cette paix qui permettra aux uns et aux autres et se comprendre et vivre ensemble. Voilà pourquoi, à Goma, nombreux pensent que la clé de la réussite pour cette paix durable, passe inévitablement par un vrai dialogue.