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Société

Sud-Lubero : le périlleux quotidien des motards de Kirumba, entre route dégradée et embuscades

À Kirumba, dans le sud du territoire de Lubero, le vrombissement des moteurs n’est pas seulement le bruit d’une ville qui bouge, c’est celui d’une survie quotidienne. Pour les motards de cette région du Nord-Kivu, chaque départ en course est un pari contre le destin, une traversée incertaine entre la vie et la mort.

À l’occasion de la journée qui leur est dédiée, la parole se libère. Derrière les guidons, les récits de bravoure côtoient ceux de la tragédie. Pour les motards du Nord-Kivu, la route n’est pas seulement un gagne-pain, c’est une zone de front. Les témoignages recueillis à Kirumba dépeignent une réalité brutale : celle des embuscades tendues par des bandits armés, avec comme objectif, le vol des engins, souvent au prix de la vie du conducteur.

« J’ai échappé de justesse à une attaque », confie l’un d’eux, sauvé in extremis par l’arrivée impromptue d’un collègue qui a mis les assaillants en fuite. Une chance que beaucoup n’ont pas eue.

Au-delà de la violence armée, le danger vient aussi de la chaussée. L’état de dégradation avancée des axes routiers, couplé à des comportements à risques comme l’excès de vitesse ou la consommation de stupéfiants, multiplie les accidents graves.

« J’ai survécu grâce à la solidarité des passants qui m’ont évacué vers un centre de santé », témoigne un conducteur encore marqué par un crash survenu à ses débuts.

Le bilan humain est lourd et les conséquences sociales sont dramatiques. Dans la région, de nombreuses veuves pleurent des maris tombés dans l’exercice de leurs fonctions, victimes de la criminalité ou de la route.

Pourtant, malgré ce tableau sombre, la profession ne désemplit pas. Faute d’alternatives économiques, de nombreux jeunes continuent d’embrasser la carrière de motard pour subvenir aux besoins de leurs proches, conscients de la précarité de leur sort.