Ça y est, la diplomatie de salon va devoir laisser place à une véritable épreuve de force. En annonçant sa candidature face au Rwanda pour la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), la République démocratique du Congo ne cherche pas seulement un poste. Elle cherche une revanche.
Depuis des années, le malaise était palpable sous les ors de la Francophonie. Entre Kinshasa et l’OIF, le lien n'était plus qu'un fil ténu, usé par les silences jugés assourdissants de Louise Mushikiwabo face à l'instabilité à l'Est du Congo. Pour les autorités congolaises, voir une figure de proue de la diplomatie rwandaise diriger l’espace francophone alors que « les deux nations s’affrontent sur le terrain militaire » était devenu une dissonance insupportable.
Mais ne nous y trompons pas, l’offensive de Kinshasa est un pari à haut risque. Si la RDC peut se targuer d'être le plus grand pays francophone au monde par sa population, elle fait face à une machine rwandaise redoutable, experte dans l'art du lobbying international. La campagne pour le troisième mandat de Mushikiwabo tourne déjà à plein régime depuis des mois.
Le risque est que cette bataille de titans ne finisse par paralyser l’organisation. À l’OIF, le consensus est la règle d'or. En cas de blocage total, c’est l’image même de la Francophonie qui pourrait en sortir écornée, renvoyant l’image d’un club incapable de gérer les crises internes de ses propres membres.
Pour la RDC, l’enjeu dépasse le simple prestige. Il s’agit de tester sa capacité réelle à influencer l’ordre mondial. En refusant de se retirer et en choisissant l’affrontement démocratique, Kinshasa veut forcer ses partenaires, la France en tête à choisir leur camp.
Que le meilleur gagne ? Pas si sûr. Dans ce jeu de miroirs diplomatique, le véritable perdant pourrait bien être l'unité francophone elle-même, estiment plusieurs analystes. Car si aucun terrain d’entente n’est trouvé, c’est tout le leadership de l’organisation qui risque de sombrer dans l’impasse.