Dans un communiqué cinglant publié ce lundi 4 mai 2026, la coordination territoriale de la société civile Forces vives de Lubero brise le silence. Entre meurtres de sang-froid, tortures et extorsions, l’organisation pointe du doigt les exactions commises par certains éléments des groupes armés dits « Wazalendo », censés protéger la population contre l'agression étrangère.
Le ton est à l’indignation. Le document, signé par le président Muhindo Tafuteni Waleyirwe, fait suite à une énième tragédie qui a secoué la localité de Kimbulu le 30 avril dernier. Le double meurtre d'un chauffeur de taxi-moto, Kambale Saanane Love, et de sa cliente, Katungu Sivahikyako Espérance. Les deux victimes, âgées d'une vingtaine d'années, ont été retrouvées sans vie le 3 mai, sommairement inhumées dans une fosse commune au sein d'un camp du groupe FAR-W de la Synergie Petit Nord.
Si l’appel du chef de l’État en 2022 visait à mobiliser la jeunesse derrière les forces régulières pour combattre l’agression rwandaise, la société civile dresse aujourd'hui un constat amer. Selon l'organisation, cet élan patriotique a été infiltré par des « personnes inciviques » qui utilisent le label « Wazalendo » comme une couverture pour commettre des crimes en toute impunité.
« La circulation des armes dans la population dont certains Wazalendo sont porteurs sans aucun professionnalisme, ni règlement militaire et moins encore sans notions des droits demeure une tombe creusée avec des conséquences incalculables. », martèle le communiqué.
Le document dresse une liste noire de six mois de violences avec au-moins 11 cas d'enlèvements et d'assassinats documentés, des tortures à mort, des blessures par balles lors de cambriolages et l’érection de barrières illégales servant au rançonnage systématique des civils.
Face à ce que la population qualifie de « calvaire », la société civile de Lubero ne se contente pas de dénoncer ; elle exige des actions concrètes des autorités.
Au Gouvernement central, elle d3mande d'accélérer le processus de la réserve armée de la Défense (RAD) pour encadrer ou désarmer ces éléments via le P-DDRCS. À la Justice militaire, elle exige de des enquêtes immédiates et organiser des audiences foraines publiques pour juger les bourreaux là où les crimes ont été commis. Au Secteur Opérationnel SOKOLA 1, elle appelle à une imposition des mesures contraignantes pour limiter les mouvements incontrôlés de ces groupes armés dans les zones urbaines.
L’organisation appelle également les habitants à une vigilance accrue, les exhortant à ne pas protéger les « bandits qui se cachent derrière les Groupes Wazalendo ».
Alors que la province du Nord-Kivu est toujours sous état de siège, cette sortie médiatique met en lumière le défi sécuritaire complexe auquel fait face l'Est de la RDC. Comment gérer ces alliés de circonstance qui, pour beaucoup, sont devenus une menace tout aussi redoutable que l'ennemi qu'ils étaient censés combattre ?