Des réactions se succèdent après la décision de la Haute Cour militaire de la République démocratique du Congo (RDC) condamnant à mort l’ancien président Joseph Kabila Kabange.
Après les partis politiques et plusieurs organisations non gouvernementales (ONG) et de défense des droits humains, la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) s’est à son tour exprimée, dénonçant une peine jugée contraire à la dignité humaine et appelant à la recherche urgente de solutions politiques.
Une condamnation qui divise
Reconnu coupable de crimes de guerre, de meurtre, d’agression sexuelle, de torture, de participation à un mouvement insurrectionnel, de complot et de soutien au terrorisme, Joseph Kabila, quatrième président de l’histoire de la RDC et autorité morale du Front Commun pour le Congo (FCC), a été condamné à la peine capitale par la Haute Cour militaire.
L’arrêt prévoit également son arrestation immédiate ainsi que le paiement de 29 milliards de dollars de dommages et intérêts à l’État congolais et 2 milliards de dollars à chacune des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, parties civiles au procès. Toutefois, les magistrats ont précisé que ses biens ne seraient pas saisis, la peine complémentaire de confiscation n’étant pas prévue pour les infractions retenues.
Le procès, ouvert en juillet, s’est tenu en l’absence du principal accusé, jugé par défaut, après que Joseph Kabila eut refusé de comparaître ou de mandater un avocat. Son parti, le PPRD, a dénoncé une procédure « politique » et un « procès bidon » destiné, selon lui, à éliminer un adversaire du paysage national.
La CENCO dénonce une violation du droit à la vie
Dans un communiqué, les archevêques et évêques membres de la CENCO ont exprimé leur consternation face au verdict rendu par la Haute Cour militaire.
Ils rappellent que la Constitution congolaise consacre la sacralité de la vie humaine, considérée comme un droit fondamental inaliénable.
« Conscients que la peine de mort et sa logique de rétribution ne sont pas compatibles avec l’Évangile, nous sommes horrifiés par ce verdict », ont déclaré les évêques dans un texte signé par Mgr Fulgence Muteba, président de la CENCO.
Pour la hiérarchie catholique, exécuter une peine capitale constituerait une violation grave du droit à la vie, en totale contradiction avec la doctrine de l’Église. Les prélats appellent plutôt les autorités et les acteurs politiques à favoriser le dialogue et la réconciliation nationale.
Un appel pressant au dialogue inclusif
Dans un contexte de guerre persistante dans l’Est du pays, où le mouvement politico-militaire AFC/M23 contrôle depuis janvier plusieurs localités stratégiques, la CENCO estime qu’un dialogue inclusif demeure la seule voie pour rétablir durablement la paix et l’unité nationale.
« Face aux conflits qui infligent de profondes souffrances aux populations innocentes, il est impératif de privilégier des solutions durables pour ramener la paix et la sécurité dans les zones sinistrées », souligne encore le communiqué.
Les évêques saluent les efforts entrepris par les institutions congolaises et les partenaires internationaux pour contenir la crise, tout en avertissant que ces initiatives resteront vaines sans un engagement sincère des acteurs politiques à respecter les accords déjà signés et à rétablir la confiance mutuelle.
« L’illusion d’une paix par les armes »
Dans leur déclaration, les prélats mettent également en garde contre l’option militaire, jugée contre-productive.
« Nous considérons suicidaire et irresponsable l’illusion qu’une paix juste peut être obtenue par la force des armes », insistent-ils, exhortant aussi bien le gouvernement, l’opposition armée et non armée que la société civile à lutter contre les causes profondes des conflits, parmi lesquelles la mauvaise gouvernance, la corruption et les rivalités politiques.
Un verdict aux répercussions politiques majeures
Cette décision de justice intervient alors que la RDC traverse une crise sécuritaire et politique complexe. L’ancien chef de l’État est accusé d’avoir entretenu des liens directs avec la rébellion de l’AFC/M23, une thèse que ses partisans rejettent fermement.
Au-delà de son aspect judiciaire, l’affaire Kabila ravive les tensions autour de la gouvernance, de la légitimité institutionnelle et du fragile équilibre politique congolais, à un moment où la nation tente de préserver son unité face aux menaces internes et externes.