Beni : Apetisana, bastion jadis conquis mais aujourd’hui abandonné, la population réclame la consolidation des acquis sécuritaires
Le territoire de Beni, au Nord-Kivu, a été partiellement reconquis grâce aux opérations conjointes SUJA menées par les Forces armées de la RDC (FARDC) et l’armée ougandaise (UPDF). Toutefois, plusieurs villages pourtant libérés demeurent sans réelle présence sécuritaire, exposant ainsi les populations au risque d’un retour des groupes armés.
Parmi ces localités figure Apetisana, longtemps réputée comme un important bastion des terroristes ADF. Malgré les efforts intensifiés de la coalition FARDC-UPDF pour sa conquête, les acquis militaires peinent à être consolidés sur le terrain.
Situé à environ 75 kilomètres de la route nationale numéro 4 (RN4), à l’ouest de la commune d’Oïcha, dans le groupement Batangi-Mbau, le village d’Apetisana a servi de base arrière aux ADF entre 2018 et 2022, sous le commandement du redouté chef terroriste Séré Difanda. C’est depuis cette zone que les assaillants planifiaient et coordonnaient plusieurs attaques contre les grandes agglomérations du secteur de Beni-Mbau ainsi que certaines entités de la province voisine de l’Ituri.
Grâce aux opérations SUJA lancées en novembre 2021, ce bastion a été définitivement démantelé en 2023 après de violents affrontements entre la coalition FARDC-UPDF et les combattants ADF. Cependant, la récente présence d’éléments suspects signalée le week-end dernier ravive la peur au sein de la population, trois ans après la fuite massive des habitants.
Un village aujourd’hui en ruines
Apetisana présente désormais l’image d’un village fantôme : écoles détruites, église envahie par la brousse, centres communautaires abandonnés, routes devenues impraticables. Malgré cet état de délabrement avancé, quelques habitants osent timidement revenir pour entretenir leurs anciennes parcelles.
« Je suis venu voir notre village d’Apetisana parce que depuis que nous avons fui la guerre, nous n’y étions plus revenus. Nous demandons à chacun de nettoyer sa parcelle. Mais nous implorons aussi les autorités de rouvrir la route pour que nous puissions circuler librement », témoigne un habitant.
Appel à la mise en place d’une école de défense
Face à cette situation, plusieurs voix politiques et communautaires plaident pour la création d’une école de défense locale. Kité Diapetina, ancien député, soutient cette initiative qu’il juge essentielle pour renforcer la sécurité dans les villages reconquis. Il avait déjà soumis cette proposition lors d’une audience en août dernier avec le général Paul Mwange, alors commandant des troupes ougandaises en RDC.
Selon lui, la formation des jeunes locaux permettrait de mettre en place des unités communautaires capables d’assurer une protection durable et de prévenir toute réinstallation des groupes armés. Dans une correspondance datée du 31 octobre, adressée au président de l’Assemblée nationale, l’avocat et acteur politique Sekerak Asereka, originaire de Butembo, a également recommandé la création d’une école de défense sous la supervision des FARDC, avec l’appui technique de l’UPDF, reconnue pour son expertise en encadrement militaire.
La population d’Apetisana exhorte le gouvernement provincial et le pouvoir central à agir avec célérité pour sécuriser durablement cette entité ainsi que l’ensemble des villages reconquis. L’enjeu est de permettre le retour effectif des déplacés, restaurer la confiance et relancer la dynamique socio-économique dans cette zone durement éprouvée par des années de violences.