La société civile de la commune de Bulengera, en ville commerciale de Butembo, au Nord-Kivu, intensifie ses séances de sensibilisation contre la justice populaire, un acte contra legem qui continue de coûter des vies humaines.
Ce mercredi 25 février 2026, cette structure citoyenne a réuni des dizaines de femmes dans un espace public de la cellule Vutahira, au quartier Kyaghala, pour échanger autour de cette problématique préoccupante. L’objectif était clair : barrer la route à ce comportement violent et encourager le respect des voies légales dans la résolution des conflits.
Au cours de ces échanges, animés par John Paluku Kameta, président de la société civile locale, plusieurs recommandations ont été formulées afin de décourager la justice populaire au sein de la communauté.
Les discussions ont porté notamment sur l’importance de privilégier les mécanismes judiciaires légaux plutôt que les règlements de comptes collectifs.
Selon les organisateurs, le choix de cibler les femmes s’explique par leur rôle central dans l’éducation familiale.
« Les mamans sont les premières éducatrices des enfants. Leur influence est déterminante dans la transmission des valeurs de respect, de tolérance et de non-violence. Les sensibiliser, c’est toucher toute la communauté à la base », a souligné John Paluku Kameta.
Cette campagne intervient dans un contexte marqué par des événements tragiques enregistrés depuis le début de l’année 2026 dans la commune de Bulengera.
Selon le président de la société civile, deux personnes ont perdu la vie depuis le début de cette année 2026 à la suite d’actes de justice populaire, dont une maman au quartier Kamesimbonzo, dans la cellule Mavono, ainsi qu’un jeune garçon souffrant de troubles mentaux. Ce dernier avait été accusé d’avoir tenté de voler un téléphone et avait été violemment agressé par la foule, malgré des signes évidents de sa maladie, jusqu’à succomber à ses blessures.
« Ces drames nous interpellent profondément et renforcent notre détermination à lutter contre cette pratique inhumaine et barbare », a déclaré John Paluku Kameta.
Il a rappelé que la justice populaire est strictement interdite par la Constitution congolaise, condamnée par les confessions religieuses et rejetée par les valeurs coutumières. À ce titre, l’article 16 de la Constitution de la République démocratique du Congo stipule clairement que « la vie humaine est sacrée » et que l’État a l’obligation de la protéger.
La société civile a ainsi lancé un appel pressant à l’ensemble de la population jeunes, parents, leaders communautaires et religieux afin de s’approprier cette campagne et d’abandonner définitivement toute forme de justice populaire. Elle encourage le recours systématique aux services judiciaires compétents pour le traitement des infractions.
Les participantes ont, pour leur part, exprimé leur engagement à relayer ce message au sein de leurs familles et de leurs quartiers respectifs, dans le but de contribuer durablement à la promotion de la paix, du vivre-ensemble et du respect des droits humains en commune de Bulengera.