En moins de 48 heures, deux personnes ont perdu la vie dans des lynchages collectifs au Nord-Kivu. Entre accusations de sorcellerie et vol présumé, la commune de Bulengera sombre dans une violence arbitraire que la société civile dénonce avec force.
Le premier drame s'est noué le samedi dernier dans la cellule Mabono (quartier Kambesembonzo). Katungu Kimuha Justine a été la cible d'une foule en furie après des accusations de sorcellerie non étayées. Soupçonnée d'être à l'origine du décès d'un voisin, elle a été aspergée d'essence et brûlée vive. Malgré son transfert vers une structure sanitaire, elle a succombé à ses blessures le lendemain.
À peine le choc passé, un second incident a éclaté ce lundi 5 janvier dans la cellule Malera. Gilles, un homme souffrant de troubles mentaux, a été lynché après s'être emparé d'un téléphone. Ironie tragique : la victime était déjà ligotée par sa propre famille pour canaliser son état mental au moment de l'agression. Alertée par des cris au vol, la foule s'est déchaînée sur lui. Gilles s'est éteint à l'hôpital ce mardi 6 janvier.
Face à cette recrudescence de la barbarie, la société civile de Bulengera est montée au créneau ce mercredi 7 janvier. Son président, John Kameta, n'a pas caché son indignation devant la presse :
« Nous regrettons qu'on puisse tuer ainsi des innocents. C’est une criminalité exagérée que nous condamnons fermement. Il faut abandonner la justice populaire, car elle tue ceux qui n'ont rien fait. »
Au-delà de la condamnation morale, les forces vives rappellent que ces actes violent la Constitution et les lois de la République. La société civile souligne également que la violence trahit les valeurs coutumières. Pour les cas de soupçon de sorcellerie, elle rappelle l'existence du « Lwima », un mécanisme traditionnel en langue kinande permettant de régler ces conflits sans verser le sang.
En ce début d'année 2026, l'heure est à la sensibilisation. La société civile exhorte la population de Bulengera à bannir définitivement ces pratiques et appelle les autorités à renforcer la protection des citoyens les plus vulnérables, notamment les personnes atteintes de troubles mentaux.