Alors qu’il célèbre encore son centenaire, le Parc National des Virunga (PNVi) vient de livrer un bilan 2025 empreint d'un optimisme paradoxal. Entre naissances records de grands singes et avancées énergétiques majeures, le joyau naturel de la République démocratique du Congo prouve sa capacité à prospérer au cœur d'un contexte sécuritaire pourtant critique.
Le fait marquant de l’exercice 2025 reste sans conteste la vitalité des populations de primates. Bienvenu Bwende, responsable de la communication du parc, a révélé l’enregistrement de huit naissances de gorilles de montagne. Ce succès est complété par une victoire scientifique au nord, à Tchabirimu, où la réintroduction de gorilles de plaine s'est soldée par deux naissances supplémentaires. L'adaptation de ces femelles, surveillée par les experts de Gorilla Doctors, représente l'aboutissement de cinq années de collaboration internationale.
« En tant que conservateur dans l’âme, le plus grand succès c’est d’avoir maintenu la biodiversité malgré les conditions difficiles. C’est notamment des bons résultats dans le cadre de la conservation des gorilles de montagne, mais je peux rallonger la liste avec ce que nous avons réussi à faire au niveau de Tchabirimu avec une réintroduction réussie et qui est entrain de sauver les espèces de gorilles qui se trouvent dans cette partie du Par national des Virunga », a martelé Bienvenue Bwende.
Cette réussite biologique est d'autant plus remarquable qu'elle s'est déroulée dans un environnement marqué par l'instabilité liée aux conflits armés. La direction du parc a dû opérer un repli stratégique vers Mutsora (secteur Nord) après avoir perdu le contrôle d'une partie des secteurs Sud et Centre.
Toutefois, la stratégie de conservation n'a pas faibli. Grâce au dévouement des pisteurs communautaires, qui ont pris le relais dans les zones inaccessibles aux éco-gardes, le parc a maintenu un suivi quotidien des espèces. Aujourd'hui, l'institution affirme avoir repris le contrôle de 65 % de son territoire, notant au passage une évolution positive des populations d'éléphants, de buffles et d'hippopotames.
Le PNVi ne se limite plus à la simple protection de la faune ; il s'impose désormais comme un acteur clé du développement régional. Malgré les combats, l’année 2025 a vu la mise en service de la première phase de la centrale hydroélectrique de Rwanguba. Avec une production de 15 mégawatts, ce projet alimente déjà Goma, Rutshuru et Nyiragongo, prouvant que la protection de la nature peut être un moteur de relance économique pour les populations locales, comme l'a su bien souligné le responsable de la communication du parc.
Cent ans après sa création en 1925, le premier parc d’Afrique demeure un bastion de ténacité. Pour les gestionnaires de l’ICCN, ce bilan « positif contre toute attente » témoigne d'une volonté inébranlable : celle de concilier la sauvegarde d'un patrimoine mondial unique avec les besoins vitaux des communautés du Nord-Kivu, même au milieu des bruits de bottes.
Bienvenue Bwende a remercié tous ceux qui interviennent d'une manière ou d'une autre à la protection et la survie du Parc National des Virunga.