Une épidémie de choléra progresse à un rythme alarmant dans la zone de santé d’Itombwe (territoire de Mwenga). Sans une intervention humanitaire et médicale d'urgence dans les prochaines 48 heures, les acteurs de santé locaux redoutent une hécatombe au sein des populations civiles, majoritairement composées de déplacés de guerre.
Après avoir frappé les aires de santé de Lubumba et Kitopo il y a quelques mois, la maladie gagne du terrain et touche désormais les aires de santé de Kipupu, Malanda et Tulambo.
Selon les données transmises par l'hôpital général de référence (HGR) de Mikenge, actuellement délocalisé à Kipupu, la situation est critique :
Bilan provisoire : au moins 20 cas enregistrés, dont cinq enfants, et déjà trois décès documentés.
Épicentre : les villages de Kiseke, Kipupu, Gongwe, Nabindi, Nalubombeko et Tumungu sont les plus touchés.
Rupture d'intrants : les structures médicales locales sont totalement débordées et manquent de médicaments essentiels et de kits de réhydratation.
Livrés à eux-mêmes, certains malades se déplacent de village en quête de soins, un facteur qui accélère dangereusement la propagation de la bactérie.
Cette crise sanitaire se greffe sur une crise humanitaire préexistante. Environ 80 % de la population locale est constituée de déplacés internes ayant fui les violences armées dans les Hauts-Plateaux de Fizi, Mwenga/Itombwe et Uvira. Vivant dans la promiscuité, sans accès à l’eau potable ni à des latrines adéquates, ces populations sont extrêmement vulnérables.
Pourtant, la zone est désormais accessible depuis que l'armée régulière (FARDC) a repris le contrôle de Mikenge. L’acheminement de l'aide est possible par la route nationale via l'axe Uvira-Baraka-Point Zéro- Mikenge-Kipupu. Malgré cela, aucune grande organisation humanitaire n'est encore déployée sur place. Sollicitée par les acteurs locaux, l'ONG Médecins du Monde ne s’est pas encore positionnée.
Face au vide humanitaire, la réponse s’organise tant bien que mal au niveau communautaire. Les familles se cotisent à hauteur de 2 000 à 5 000 francs congolais (CDF) pour tenter d'acheter des médicaments de base. Une réponse héroïque mais dérisoire face à l'ampleur du besoin.
Le cri d’alarme a été lancé par le Dr M’munga Wilondja Cézard, médecin au sein de l'HGR Mikenge/Kipupu, et appuyé par le chef de secteur d'Itombwe, Lubunga Batanguci Papy. L'alerte est relayée par la radio communautaire d’Itombwe (RCI), portée par l’ASBL Jeunes Méthodistes, qui appelle le gouvernement provincial et les ONG internationales à briser le silence. À Itombwe, chaque heure qui passe sans chloration d'eau ni médicaments se compte désormais en vies humaines perdues.