C’est un tabou qui vient de voler en éclats dans le bastion de Limete. Samedi 7 mars, devant une assemblée de cadres et de militants chauffés à blanc, Augustin Kabuya, secrétaire général de l’UDPS, a mis fin à des mois de spéculations. D’un ton sans équivoque, il a scellé l'ambition du régime en déclarant :
« Soyez calmes, nous allons toucher à cette Constitution. »
Cette déclaration n'est pas une simple sortie de route, mais le coup d'envoi d'une offensive politique majeure. Alors que le second mandat de Félix Tshisekedi doit normalement s'achever en 2028, le parti présidentiel prépare désormais ouvertement les esprits à un troisième bail. Pour légitimer cette manœuvre, l'état-major du pouvoir n’hésite plus à convoquer l’histoire mouvementée du pays, citant Mobutu ou les Kabila pour justifier le droit du régime actuel à remodeler la loi fondamentale à sa guise.
L'argumentaire se veut d'ailleurs décomplexé. Si le ministre des Sports, Didier Budimbu, affirme « n'avoir aucune honte » à viser ce troisième mandat, le constitutionnaliste André Mbata, figure de proue de l’Union sacrée, déplace le débat sur le terrain de la souveraineté. Pour lui, tout repose sur la volonté populaire.
« Si le peuple décide de changer la Constitution, que ferions-nous ? », interroge-t-il, tout en balayant d'un revers de main les inquiétudes sur un éventuel retard du calendrier électoral.
Pourtant, cette marche forcée commence à lézarder l’unité de la majorité. En s'opposant publiquement à cette révision, Modeste Bahati Lukwebo, poids lourd du Sénat, a immédiatement subi les foudres de ses alliés, illustrant la tension électrique qui règne au sommet de l'État. Au sein même du camp présidentiel, certains poussent le curseur encore plus loin, suggérant de suspendre les élections tant que la guerre fait rage à l'Est. Une logique de « priorité sécuritaire » qui, selon certains analystes, ressemble à une stratégie bien connue, celle de laisser les difficultés techniques s'accumuler pour rendre le « glissement » inévitable.
Sur le terrain, les signaux d'alerte s'allument. La Commission électorale (Ceni) accuse déjà un retard préoccupant dans l'enrôlement des électeurs, réveillant les vieux démons de 2016. Face à ce qu'elle qualifie de « démarche suicidaire », l’opposition, de Martin Fayulu à Jean-Marc Kabund, tente de faire bloc. Mais pour le pouvoir, le cap est fixé et le dialogue, s'il doit avoir lieu, ne se fera qu'aux conditions du président. Entre velléités de révision et spectre d'une crise électorale, la RDC s'engage dans une zone de turbulences dont l'issue reste plus que jamais incertaine.