Malgré un déploiement médical inédit et une mobilisation record sur le terrain, le virus progresse toujours plus vite que les secours. Entre défis sécuritaires, manque de financements et menaces de propagation régionale, les autorités sanitaires tirent la sonnette d'alarme.
Un peu plus d’un mois après l’apparition officielle du virus à la mi-mai, le constat de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) est implacable : l'épidémie d'Ebola en République démocratique du Congo (RDC) continue de devancer la riposte. Le dernier bilan fait état de 1 094 cas confirmés et 277 décès. Pourtant, sur le front de la santé, le changement d'échelle est historique. En l’espace de cinq semaines, la capacité d’accueil est passée de 10 à plus de 500 lits, tandis que le rythme des dépistages a explosé, franchissant la barre des 2 000 tests quotidiens grâce à l'installation de laboratoires mobiles dans l'Est du pays.
Cette réactivité porte ses fruits. Plus d'une centaine de personnes ont déjà guéri de la maladie, prouvant qu’un diagnostic précoce associé à une prise en charge rapide permet de sauver des vies. De plus, les populations locales, mieux informées, demandent d'elles-mêmes les outils nécessaires pour se protéger. Mais ces avancées se heurtent à la réalité d’un terrain extrêmement hostile, marqué par une crise humanitaire qui dure depuis des décennies.
Sur place, les obstacles s'accumulent pour les équipes médicales. On signale les incidents sécuritaires à répétition, centres de traitement saturés, difficultés à suivre les cas contacts et résistance face aux enterrements sécurisés. Les soignants paient d'ailleurs un lourd tribut. Près de 80 professionnels de la santé ont été infectés depuis le début de la crise, à l’instar d’un humanitaire français de l’ONG ALIMA, récemment testé positif à son retour de mission.
L'inquiétude dépasse désormais les frontières de la RDC. L’Ouganda voisin a déjà recensé 20 cas, dont deux décès, tandis que le Burundi et le Soudan du Sud scrutent leurs frontières avec anxiété. Face à ce péril régional, les Nations Unies ont débloqué en urgence 12 millions de dollars pour muscler la surveillance transfrontalière. En parallèle, un espoir thérapeutique se dessine, car l’OMS s'apprête à lancer un essai clinique pour tester deux antiviraux prometteurs contre la souche Bundibugyo.
Le financement reste le nerf de la guerre. Si l'ONU a pu fournir une aide alimentaire à 51 000 personnes, les agences humanitaires alertent sur le manque cruel de ressources. L’OMS et Africa CDC réclament 518 millions de dollars pour financer un plan de riposte continental. Alors que de nouveaux chiffres sur le financement sont attendus la semaine prochaine, la communauté internationale se retrouve au pied du mur, sommée de répondre à l’une des plus graves crises sanitaires de la région.