De Kinshasa à Kigali, en passant par Bujumbura, la Commissaire européenne Hadja Lahbib a achevé ce vendredi 20 février sa tournée régionale à Goma. Entre plaidoyer humanitaire et négociations politiques, elle repart avec des promesses de désescalade dans une région au bord de la rupture.
C’est dans l’atmosphère pesante de Goma, chef-lieu d’un Nord-Kivu, que la mission de l’Union européenne a trouvé son épilogue. Hadja Lahbib, Commissaire à la gestion des crises, n’est pas venue les mains vides : elle apporte avec elle le poids politique des 27 États membres et un constat sans appel sur une situation qu’elle juge « catastrophique ».
Le périple de la Commissaire n’a éludé aucune capitale. À Kinshasa, Bujumbura puis Kigali, elle a martelé le même message : l'urgence d'un retour au droit international humanitaire. Cette tournée, loin d'être une simple visite de courtoisie, visait à confronter les acteurs régionaux à leurs responsabilités alors que plus de 21 millions de Congolais survivent grâce à l'aide d'urgence.
Sur le terrain, la réalité a rattrapé la diplomatie. En visitant les camps de transit, Hadja Lahbib a recueilli les témoignages de ceux que les statistiques oublient trop souvent.
« Les premières victimes de cette guerre sont les femmes et les enfants », a-t-elle rappelé avec émotion, soulignant l'explosion des violences sexuelles et de la précarité extrême.
L'étape de Goma a marqué un tournant décisif. Reçue par les dirigeants du mouvement politico-militaire AFC/M23, la Commissaire a obtenu ce qu'elle appelle des « engagements concrets ». La réponse de Corneille Nangaa, coordonnateur politique du mouvement, ne s’est pas fait attendre. Dans ce qu’il qualifie de « geste de bonne foi », il a annoncé une série de mesures de décrispation immédiates. Il s'agit de la libération de 41 mineurs enrôlés de force ou capturés, d'une centaine de femmes associées aux forces adverses et de la remise en liberté de 230 militaires des FARDC, soignés jusqu’alors par l'AFC-M23.
Si ces annonces offrent une lueur d'espoir, le ton reste prudent. L'AFC/M23 continue de conditionner la paix à une « solution politique », tout en brandissant la menace de la légitime défense.
L'enjeu dépasse les frontières de la RDC. Depuis fin 2025, l'escalade des combats a jeté des dizaines de milliers de réfugiés vers le Burundi, un pays déjà affaibli par des chocs climatiques à répétition. Cette pression migratoire menace de déstabiliser l'ensemble de l'Afrique centrale.
L’Union européenne, premier soutien financier de la région avec 129,5 millions d’euros injectés en 2025, joue ici son rôle de médiateur de dernier recours. Pour Hadja Lahbib, le succès de cette mission ne se mesurera pas aux poignées de mains échangées, mais à la pérennité de ces engagements sur le terrain.
« J’espère que ces engagements seront mis en œuvre afin que cette mission porte ses fruits », a conclu la Commissaire.