L'appel récemment lancé par Son Éminence le cardinal Fridolin Ambongo Besungu, archevêque métropolitain de Kinshasa, en faveur de la tenue d'un dialogue national pour sortir la République démocratique du Congo de la crise suscite des réactions vives au sein de l'opposition. Dans une déclaration politique rendue publique ce samedi 1ᵉʳ août 2026, le mouvement « Sauvons la RDC » s'est exprimé sur cette initiative. Si la plateforme reconnaît en principe le dialogue comme la voie privilégiée pour rétablir la cohésion nationale, elle pose des conditions strictes et récuse formellement tout rôle d'arbitre pour le pouvoir en place.
Dans sa déclaration signée par Me Moïse Nyarugabo Muhizi, coordinateur du secrétariat technique, le mouvement dresse un bilan critique de la situation sociopolitique et sécuritaire du pays : persistance de l'insécurité et détérioration des conditions de vie de la population ; Tensions politiques et fragilisation des institutions républicaines ; Violations répétées des droits et libertés fondamentaux.
En rappelant les antécédents historiques, l'organisation mentionne l'ère de l'ancien président Joseph Kabila Kabange, estimant que ce dernier avait su utiliser le dialogue intercongolais et d'autres concertations politiques pour préserver la paix et l'unité du pays.
Afin d'éviter tout « agenda caché » ou simulacre de concertation, le mouvement Sauvons la RDC exige que tout futur dialogue respecte scrupuleusement sept critères majeurs :
1. Médiation internationale neutre : un dialogue préparé, convoqué et conduit sous l'égide d'une médiation indépendante et impartiale, soutenue par l'Union africaine (UA) et l'Organisation des Nations unies (ONU).
2. Inclusivité totale : la participation de toutes les parties prenantes, sans exclusion ni conditions sélectives, afin de régler l'ensemble des différends et mettre fin durablement aux conflits armés.
3. Délocalisation en pays tiers : la tenue des travaux à l'étranger pour garantir la sécurité physique et juridique ainsi que la sérénité de l'ensemble des acteurs politiques.
4. Ordre du jour consenti : un examen sans tabou de toutes les causes profondes de la crise, avec un calendrier et un agenda arrêtés de manière consensuelle.
5. Respect de la Constitution et abandon de la révision : des résolutions au caractère souverain et contraignant. L'abandon préalable et définitif de tout projet de référendum visant à modifier ou remplacer la Constitution (notamment sur la limitation des mandats présidentiels).
6. Mesures d'apaisement et de décrispation politique : libération de tous les prisonniers politiques et d'opinion ;
Annulation des condamnations à mort jugées injustes à l'encontre de leaders politiques ;
Levée des restrictions d'accès aux médias publics et des interdictions frappant les partis d'opposition ;
Levée des entraves à la liberté de mouvement des opposants et retour sécurisé des exilés politiques ;
Dissolution immédiate de la milice « Force du progrès »
7. Mécanisme international de suivi : la mise en place d'un organe africain et international chargé de garantir l'application effective et de bonne foi des résolutions adoptées.
Le point culminant de la déclaration réside dans le refus catégorique de voir l'actuel Chef de l'État parrainer ou diriger ces concertations :
« Aucun dialogue commandité, organisé, dirigé ou placé sous l'autorité de Monsieur Félix Tshisekedi ou de son gouvernement ne peut inspirer la confiance nécessaire... En tant que principal protagoniste de la crise politique actuelle et de premier responsable de sa persistance, monsieur Félix Tshisekedi ne peut pas être arbitre et garant d'un processus appelé à réconcilier les Congolais. »
Le mouvement réaffirme en conclusion que seule une médiation étrangère neutre et acceptée par tous les protagonistes pourra déboucher sur un accord crédible et durable pour la Nation.